22 août 2025
- Philippe Selot

- 22 août
- 4 min de lecture
Mercredi midi, j’ai pris le train pour l’aéroport de Zurich afin de faire une surprise à Deniz, qui passe ses vacances à Dersim, au Kurdistan turc.
Au check-in, j’ai expliqué que je porte une orthèse et demandé s’il était possible d’avoir un siège avec plus de place pour étendre ma jambe. J’avais déjà fait l’enregistrement en ligne, mais les sièges confortables étaient tous pris. La collaboratrice de Turkish Airlines a été très compréhensive et m’a attribué, pour les deux vols (Zurich–Istanbul et Istanbul–Elazig), des places près des issues de secours. Absolument idéal !
Le contrôle de sécurité et la douane se sont déroulés sans problème, puis j’ai pris le métro jusqu’au terminal E. Comme j’avais un petit creux, j’ai acheté un sandwich et une petite bouteille d’eau. Et là, la claque : 19.20 CHF, soit plus de 20 euros ! Pour un sandwich immangeable, au pain caoutchouteux, garni de cinq tranches de viande séchée et de trois feuilles de salade fanée. Un vrai vol !
Le vol Zurich–Istanbul, en revanche, s’est très bien passé : on nous a même servi un repas bien meilleur que ce fameux sandwich. À mon arrivée à Istanbul, j’ai découvert cet aéroport gigantesque, véritable vitrine du pouvoir d’Erdogan, avec une pointe de folie des grandeurs. Mais d’un point de vue architectural, pas une prouesse ! Pour rejoindre les vols domestiques, il fallait passer la douane et marcher facilement 30 minutes. Pour un aéroport récent, ce n’est pas vraiment convivial. J’aurais voulu utiliser un buggy, mais il fallait le réserver 48 heures à l’avance… et de toute façon, ils étaient déjà tous occupés.
Arrivé au terminal domestique, je me suis offert un café. Mon téléphone a alors vibré : message annonçant 30 minutes de retard pour mon vol. Finalement, ce furent 45 minutes… puis une heure ! Comme j’avais une réservation pour un bus reliant Elazig à Dersim, je commençais à m’inquiéter. J’ai prévenu Alev, la sœur de Deniz, qui avait gentiment organisé ce transfert. Elle a rassuré tout de suite : le chauffeur attendrait tous les passagers avant de partir.
Avec plus d’une heure de retard, nous avons enfin atterri à Elazig. Bagage récupéré, je sors et trouve sans peine le bus. Nous étions cinq passagers, partis pour deux heures et demie de route, en pleine nuit. J’ai envoyé un message à Alev pour lui dire que tout allait bien et qu’elle pouvait aller dormir. Mais elle m’a répondu qu’elle ne se coucherait qu’une fois certaine que j’étais arrivé à mon hôtel. Une attention touchante !
En route, nous avons été arrêtés à deux contrôles de police. L’agent exigeait une carte d’identité turque ! Mon passeport et ma carte d’identité Suisse ne passaient pas dans son système. J’ai trouvé l’attitude franchement bornée, mais heureusement tout s’est arrangé et nous avons pu repartir.
Le chauffeur ne parlant pas anglais, je me suis servi de la traduction sur mon téléphone pour lui demander s’il pouvait me déposer directement à mon hôtel. Il a accepté avec le sourire. À 3h30 du matin, j’étais enfin dans ma chambre. La climatisation faisait un bruit d’enfer, mais la fatigue a eu raison de moi.
Le lendemain matin, j’ai pris un petit-déjeuner turc sur la terrasse de l’hôtel, d’où l’on domine la ville et les alentours. La région est très escarpée : Dersim est construite sur les flancs des montagnes. Beaucoup d’immeubles récents, sans charme particulier, mais le paysage avec la rivière dans la vallée compense largement.
J’ai envoyé un message à Deniz : « Tu viens prendre un café avec moi en ville ? » Il n’a pas compris et m’a aussitôt appelé. Quand je lui ai dit que j’étais à Dersim, il ne m’a pas cru. C’est seulement sa sœur, entendant notre conversation, qui lui a confirmé que j’étais bien là. La surprise était totale !
Plus tard, nous nous sommes retrouvés à l’hôtel. Nous avons pris un café, fait un tour en ville et mangé un petit encas. Plus tard, nous avons pris un bus local pour rejoindre sa famille, dans une buvette tenue par une de ses cousines. Là, j’ai enfin rencontré tout le monde : Alev m’a accueilli avec un bouquet de fleurs et j’ai fait connaissance avec sa mère, son frère, ses tantes, ses cousins et cousines, ainsi que les voisins. Une ambiance chaleureuse et bienveillante, malgré la barrière de la langue.
Un voisin a abordé deux sujets que j’évite toujours à l’étranger : la religion et la politique. Il m’a confié que le gouvernement Erdogan voulait construire une nouvelle mosquée, projet très mal perçu ici.
À Dersim, la majorité des Kurdes sont alévis. Les seuls musulmans sunnites sont les fonctionnaires envoyés par Ankara : policiers, enseignants, notables… On sent ce clivage, chacun restant dans son camp. En me promenant, j’ai remarqué que la plupart des femmes portent des vêtements occidentaux et se comportent avec la même assurance que les femmes en Europe occidentale. Très rares sont celles qui portent le hijab.
C’est ici qu’on mesure la politique d’Erdogan visant à effacer la culture kurde : langue interdite, traditions minimisées, identité menacée. Pourtant, il faut rappeler que la culture kurde n’est pas uniforme : d’origine iranienne, les Kurdes vivent aujourd’hui en Turquie, Iran, Irak et Syrie, et selon les régions, ils peuvent être sunnites, alévis ou yézidis.
Au fait, Dersim est le nom Kurde et Tunceli et le nom Turc !


























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