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9 avril 2026

  • Photo du rédacteur: Philippe Selot
    Philippe Selot
  • 9 avr.
  • 4 min de lecture

Hier mercredi, j’avais un rendez-vous chez mon chirurgien. Il y a des rendez-vous médicaux qu'on attend avec impatience, presque comme une sortie scolaire. Celui de mercredi en était un. Mon chirurgien, le professeur Krause, allait enfin pouvoir me libérer de mon plâtre, ou du moins, c'est ce que j'espérais. L'idée de retrouver une mobilité même partielle, aidé de simples béquilles, m'avait mis dans un état d'anticipation que je n'aurais pas cru possible pour une consultation orthopédique.


La réalité, comme souvent, avait d'autres projets.


La consultation, les bonnes et les moins bonnes nouvelles. Après les radiographies de rigueur, indispensables pour mesurer l'évolution depuis la dernière visite, l'assistante du professeur Krause est venue me chercher en salle d'attente. Nous avons fait le point ensemble. J'ai mentionné que ces derniers jours, les douleurs neuropathiques s'étaient intensifiées : des spasmes dans le pied, parfois franchement douloureux. Pour le reste, la situation était stable. La plaie de cicatrice, traitée ces dernières semaines, évoluait bien : un spray désinfectant favorisant la cicatrisation, suivi d'un simple pansement, rien de plus.


Le professeur Krause est ensuite entré dans la pièce et a commenté les clichés. Il m'a demandé si je veillais bien à ne pas charger la jambe au-delà de la moitié de mon poids. Je l'ai rassuré : me déplaçant principalement en scooter, je passe peu de temps debout, et quand c'est le cas, les béquilles sont toujours là.


Puis il a affiché les radiographies. Sur le cliché de profil, la réponse était claire et pas celle que j'attendais. Au niveau de la fracture, la fusion osseuse n'est pas encore suffisante. L'explication est mécanique : à chaque pas, un effet de levier se crée entre le pied et la jambe, générant des forces considérables sur le point de rupture. Tant que le tibia n'est pas solidement consolidé, chaque appui représente un risque.


Le bon côté ? Tout le reste est en ordre. La tige implantée, les vis, la plaque supplémentaire : tout est en place, bien positionné. Un bilan qui aurait pu être pire, mais qui ne ressemble pas non plus à une déclaration de guérison.

 

Adieu plâtre, bonjour monstre ! Pour éviter toute complication avec cette fracture insuffisamment consolidée, il a été décidé de retirer le plâtre, bonne nouvelle et de le remplacer par un VACOped. Pour ceux qui ne connaissent pas cet engin : imaginez une botte orthopédique dotée d'un rembourrage généreux, conçue pour soulager la pression sur la jambe et, par extension, sur la fracture. Durée du port : six semaines. Six semaines de plus. C'est la pilule difficile à avaler, même si les autres indicateurs sont positifs.


Je ne vais pas mentir : apprendre qu'il faudrait encore six semaines de prudence, alors que tout le reste semblait aller dans le bon sens, n'est pas la nouvelle qu'on espère entendre. Mais la médecine a cette façon pragmatique d'ignorer nos agendas personnels.


En quittant les deux médecins, j'ai croisé dans le couloir une personne avec qui j'avais tissé de vrais échanges au fil des semaines, Mme Pietropaulo : celle qui m'avait posé la majorité de mes plâtres. Infirmière aux urgences pendant de nombreuses années avant de se former à la technique du plâtrage, elle incarne exactement ce que les hôpitaux ont de meilleur, une compétence technique doublée d'une humanité tranquille. Comme toujours, la conversation fut agréable et naturelle.


Peu après, le Dr Flückiger, celui qui avait réalisé la majorité des opérations est venu prendre de mes nouvelles. Nous avons longuement discuté de la situation. Il m'a dit, avec une franchise que j'apprécie, que dans toute sa carrière, il n'avait jamais rencontré un patient avec une telle patience. Un compliment modeste, mais sincère et dans les circonstances, pas négligeable.


J'en ai profité pour lui mentionner ce qui m'avait pesé : l'épisode du fil de suture oublié dans la plaie. Pas tant l'incident lui-même, ce genre de chose peut arriver, mais le fait que, dans mon cas déjà compliqué, cela avait représenté une charge supplémentaire inutile. Il m'a assuré que le cas avait été longuement discuté en interne. Ce que j'ai retenu surtout, c'est sa manière de répondre : directe, sans détour ni langue de bois. Parmi tous les médecins et chirurgiens croisés dans cette aventure, c'est avec lui que le contact humain est le meilleur. Une bonne dose d'empathie, des explications claires, pas de jargon inutile. Ce n'est pas rien quand on traverse des mois de traitement. Et pour être juste : les complications sont venues de l'infection à staphylocoques, pas d'un manque de professionnalisme.


Le taxi me dépose ensuite chez OrthoTeam, où l'on m'avait fabriqué l'orthèse. Une assistante arrive avec le VACOped. À ce stade, je dois être honnête : comparé à ce dispositif, mon ancien plâtre avait presque un charme nostalgique. La botte est imposante, généreusement rembourrée, ce qui, je préfère ne pas y penser trop longtemps, promet des journées délicieuses lorsque les températures monteront. Cela dit, une surprise agréable : malgré ses dimensions, l'engin est étonnamment léger.

Direction la caisse : 550 CHF, pris en charge par l'assurance. On dit que l'orthopédie est un secteur lucratif, après avoir vu cet appareil de près, je comprends mieux pourquoi.

Sur le chemin du retour, arrêt à la pharmacie pour récupérer les médicaments. Pour atténuer les spasmes neuropathiques dans le pied, la dose de Pregabalin, un antiépileptique utilisé dans le traitement des douleurs neuropathiques, a été augmentée. Si cela ne suffit pas, on passera à quelque chose de plus puissant. On verra.

Si je résume honnêtement la situation : le bilan est mitigé. Les implants sont en bonne voie, l'infection semble maîtrisée, la cicatrice évolue bien. Mais l'obligation de rester prudent dans mes déplacements pour encore six semaines est, soyons directs, déprimante.


J'avais envisagé un tour en Bourgogne la semaine prochaine. Avec ce monstre au pied, ce sera pour une prochaine fois.


La guérison avance. Pas à la vitesse que j'aurais choisie, mais elle avance.





 
 
 

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