10 mai 2026
- Philippe Selot

- 10 mai
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La semaine dernière, j’évoquais surtout l’aspect humain de cette aventure inattendue : les doutes, la patience imposée, les moments de découragement mais aussi la capacité d’avancer malgré tout. Aujourd’hui, place à la chronologie de ce périple qui dure depuis exactement trois ans. Trois années durant lesquelles un simple instant dans le Haut Atlas marocain s’est transformé en une longue expédition médicale, faite d’opérations, de complications, de rééducation… et d’une bonne dose d’endurance mentale.
Le 10 mai 2023, aux alentours de 14h00, je m’apprêtais simplement à immortaliser ce paysage grandiose du Haut Atlas. Un moment anodin, presque contemplatif. Quelques secondes plus tard, une chute brutale contre un rocher. Étonnamment, aucune douleur immédiate. Verdict à l'hôpital de Midelt : luxation de la cheville.
C’est à cet instant précis que mon voyage au Maroc s’est arrêté… et qu’un tout autre parcours a commencé : celui de la guérison. Trois ans plus tard, force est de constater que cet incident, en apparence banal, n’a toujours pas livré son épilogue.
À l’hôpital de Midelt, une première intervention est réalisée en urgence afin de permettre mon rapatriement en Suisse. Trois broches de Kirschner sont implantées pour stabiliser temporairement la cheville. Le retour est organisé avec l’aide du Touring Club Suisse (TCS), parce que mon assurance accident auprès de la KPT, elle, a préféré rester spectatrice.
Le 15 mai, arrivé en Suisse, une deuxième opération est nécessaire pour retirer ces broches, entre-temps déformées. En cause : un transfert sans béquilles et une mise en charge prématurée de la jambe blessée.
Le 19 mai, quatre jours plus tard, une plaque et des vis sont posées pour stabiliser durablement l’articulation. La troisième opération. À ce stade, le scénario semblait clair : trois mois de plâtre, puis un retour progressif à la normale.
La réalité s’est révélée plus complexe. Une sensation d’instabilité persiste. Un contrôle par radiographie confirme qu’une vis s’est cassée et la plaque déplacée.
Le 30 juin, quatrième intervention. Cette fois, le diagnostic est plus préoccupant : infection au staphylocoque. La plaque et les vis sont retirées, et un traitement antibiotique est initié.
Le 23 octobre 2023, cinquième opération : une nouvelle plaque est posée. S’ensuivent à nouveau trois mois de plâtre et une mobilité fortement réduite.
Une année plus tard, les douleurs réapparaissent. Un scanner révèle que les vis au niveau de la cheville ne tiennent plus.
Le 16 octobre 2024, sixième intervention. Rebelote : infection aux staphylocoques, retrait de la plaque et des vis, longue cure d'antibiotiques. Les infections osseuses étant notoirement difficiles à traite, l’irrigation sanguine y étant limité, la patience devient un paramètre thérapeutique à part entière.
Une orthèse est ensuite mise en place, avec l’espoir d’éviter une nouvelle chirurgie. Elle permet une certaine autonomie, sans béquilles. Une amélioration… jusqu’au début du mois d’avril 2025.
Des douleurs aiguës apparaissent au-dessus de la cheville, parfois difficilement supportables. Hospitalisation en urgence.
Le 15 avril 2025, septième opération : une thrombose est diagnostiquée. L'orthèse avait comprimé un peu trop fort, obstruant la circulation sanguine. Un effet secondaire inattendu, pour le moins.
Parallèlement, des spasmes nerveux apparaissent au niveau du pied. Le diagnostic neurologique est posé : neuropathie post-opératoire, relativement fréquente dans ce contexte. Un traitement médicamenteux permet d’en atténuer les symptômes. Je collectionne désormais les ordonnances comme d'autres collectionnent les timbres.
Face à la complexité du cas, mon chirurgien, le Dr Flückiger, propose une intervention plus radicale en collaboration avec le Professeur Krause. L’objectif : stabiliser définitivement la cheville à l’aide d’une tige traversant le talon jusqu’au tibia, fixée par plusieurs vis, appelée AAN (Ankle Arthrosis Nail), en français « clou tibio-talocalcanéen pour arthrodèse de cheville ». Une chirurgie lourde, considérée comme une solution de dernier recours. L’alternative, en cas d’échec, est clairement posée : l’amputation.
Ce genre de phrase remet les choses en perspective.
Le 16 décembre 2025, huitième intervention. L’opération se déroule comme prévu et je peux rentrer chez moi pour Noël. Un répit de courte durée : une inflammation au niveau d’un point de suture impose une nouvelle intervention.
Le 25 décembre, neuvième opération !
Comme si le calendrier n’était pas déjà suffisamment chargé, un nouvel épisode survient : en me tournant dans mon lit, une douleur brève mais foudroyante dans la jambe. Radiographie immédiate. Verdict : fracture du tibia. Les multiples perforations liées aux vis, combinées à une fragilisation osseuse due aux infections, ont compromis la solidité de l’os. Je rentre avec un plâtre pour les fêtes.
Le 5 janvier 2026, dixième intervention au Sonnenhof Spital : pose d’une longue plaque pour stabiliser le tibia. Une chirurgie réalisée par le Dr Huber, le Professeur Krause étant alors en congé, probablement dans un environnement nettement moins hospitalier.
Aujourd’hui, le 10 mai 2026, marque un anniversaire particulier. Trois ans jour pour jour après cette chute dans le Haut Atlas.
Dix opérations. Deux infections aux staphylocoques. Une thrombose. Une neuropathie. Une fracture du tibia. Un rapatriement par le TCS. Et une patience que je n'aurais jamais cru posséder. Je me déplace aujourd'hui avec des béquilles. Mais je me déplace.
Jamais je n'aurais imaginé qu'une photo au Maroc m'emmènerait aussi loin et pas dans le sens où je l'entendais ce jour-là.
Mes chirurgiens, l’ensemble du personnel hospitalier ainsi que mon médecin de famille partagent tous le même étonnement : ils s’interrogent sur la sérénité apparente avec laquelle j’accepte la situation. Ma réponse est simple, presque pragmatique : « Je n’ai pas le choix, c’est ainsi. »
Cette posture n’est toutefois qu’une partie de la réalité. Derrière cette acceptation se cachent inévitablement des moments de frustration, parfois même de découragement. Le plus récent remonte au moi dernier lorsque mon chirurgien m’a prescrit un nouveau dispositif de stabilisation du pied… pour six semaines supplémentaires. Disons que ce n’était pas exactement la nouvelle que j’espérais.


































































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