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16 septembre 2026

Photo du rédacteur: Philippe Selot
Philippe Selot
il y a 9 heures
7 min de lecture

Il y a deux semaines, j’ai reçu la visite de René, mon collègue motard de Cologne, qui vit désormais à Berlin. Il est venu passer une semaine chez moi. René n’est d’ailleurs pas tout à fait étranger à mes aventures à moto : c’est lui qui, il y a quelques années, m’avait offert le livre qui a fait naître en moi l’envie d’entreprendre un long voyage à moto (voir « sur moi » sur la page d’accueil de ce blog). Comme quoi, offrir un livre peut parfois avoir des conséquences que l’on n’avait pas vraiment anticipées !

 

Sa visite était aussi une excellente occasion de tester mes nouvelles capacités de marche. Après plus de trois années marquées par les opérations, les immobilisations et les différents moyens auxiliaires, il était temps de découvrir ce dont ma jambe était réellement capable.

 

Premier test : le jardin zoologique de Berne. Nous avons commencé prudemment par une visite au jardin zoologique de Berne. L’objectif n’était pas seulement de voir les animaux, mais surtout de vérifier si je pouvais à nouveau parcourir une certaine distance à pied.

 

Le résultat fut très encourageant. Pas de douleurs notables au niveau du pied. En revanche, mes muscles m’ont rapidement rappelé qu’ils avaient bénéficié de plus de trois années de vacances forcées. Ils semblaient assez peu enthousiastes à l’idée de reprendre soudainement le travail.

 

Nous avons également visité le jardin botanique de Berne. Rien de spectaculaire au sens touristique du terme, mais toujours un endroit fascinant par la diversité des plantes, des climats et des paysages réunis sur une surface relativement petite.

 

Puis est venu le véritable test. Puisque ces premières sorties s’étaient déroulées sans douleurs, nous avons décidé de passer à un projet nettement plus ambitieux : une randonnée dans les gorges de l’Areuse, entre Noiraigue, au pied du Creux du Van, et Boudry, près du lac de Neuchâtel. Je ne connaissais pas cette magnifique promenade mais en avait entendu parler régulièrement. Les conditions météorologiques étaient idéales. Nous avons donc pris la voiture jusqu’à Noiraigue, puis commencé notre marche en direction de Boudry.

 

La promenade est relativement facile, mais le cadre est tout simplement magnifique : les paysages, les gorges et le lit de la rivière offrent un décor spectaculaire. À ma grande surprise, tout s’est très bien passé durant la première partie du parcours. À mi-chemin, nous avons fait une pause bien méritée au restaurant La Truite, près de Champ-du-Moulin. Jusque-là, j’étais plutôt confiant. Peut-être même un peu trop.

 

Je pensais en effet que la seconde partie serait plus facile. Ce fut une légère erreur d’appréciation. Le sentier suit la gorge à flanc de coteau, monte, descend, remonte et redescend encore. Il est parfois étroit et comporte surtout de nombreux escaliers. Or, monter des marches n’est déjà pas idéal pour moi, mais les descendre constitue un exercice encore beaucoup plus compliqué. Ma cheville étant désormais bloquée, elle ne peut plus accompagner naturellement le mouvement. Autrement dit, ce magnifique sentier s’est progressivement transformé en une sorte de parcours d’entraînement que je n’avais absolument pas commandé.

 

Nous avons finalement quitté le chemin pédestre pour emprunter la route. C’était beaucoup plus facile, même si, évidemment, le bitume offre nettement moins de charme que les gorges de l’Areuse. La route avait cependant une autre surprise en réserve : elle montait vers les hauteurs de Boudry. L’effort fut récompensé par une superbe vue sur le lac de Neuchâtel et les Alpes. Mais toute montée implique généralement une descente. Nous avons donc dû redescendre vers le village, avant de constater que la gare où nous devions prendre le train pour récupérer la voiture se trouvait… sur les hauteurs, de l’autre côté des gorges. À ce stade, le sens de l’humour devient une qualité particulièrement utile.

 

Nous avons préféré faire preuve d’intelligence plutôt que d’héroïsme. Après une boisson rafraîchissante au centre du village, nous avons pris le bus pour rejoindre la gare. Au total, nous avions parcouru plus de 14 kilomètres à pied !

 

J’étais évidemment épuisé. Après plus de trois années avec très peu d’activité physique, ce n’était pas vraiment une surprise. Mais l’essentiel était ailleurs : malgré cette distance et un parcours parfois exigeant, je n’avais pratiquement aucune douleur au pied.

 

Pour moi, c’était une excellente nouvelle et surtout une étape importante. Après tout ce qui s’est passé ces dernières années, pouvoir simplement marcher 14 kilomètres représente beaucoup plus qu’une randonnée réussie. C’est un petit morceau de liberté retrouvé. Le lendemain, les douleurs musculaires n’ont pas tardé à se faire sentir, me rappelant que certains muscles n’avaient plus vraiment travaillé depuis plus de trois ans.

 

Dimanche dernier, j’ai conduit René à l’aéroport de Bâle. Plutôt que de rentrer directement à Berne, j’ai poursuivi ma route vers Strasbourg, puis Stuttgart, où j’ai retrouvé d’anciens amis.

 

Le retour en Suisse fut nettement moins romantique. Depuis la frontière germano-suisse à Schaffhouse et pratiquement jusqu’à Berne, j’ai eu l’impression de traverser un seul et même embouteillage. Il semblerait que la Suisse ait décidé de rénover simultanément toutes ses autoroutes. C’est certainement excellent pour les générations futures. Pour les automobilistes actuels, cela constitue surtout un excellent exercice de patience.

 

Dimanche, Deniz est également rentré de ses vacances passées auprès de sa famille dans l’est de la Turquie. Lundi, il a commencé sa deuxième année de formation avec de nombreuse résolutions et de bonnes intentions pour optimiser ses études. Il reste maintenant à voir combien de ces bonnes décisions survivront au quotidien. L’expérience montre qu’il est généralement très motivés au retour des vacances !

 

Il change également de département à l’hôpital. Après la gériatrie, il rejoint maintenant la psychiatrie. Le travail y est différent, avec une dimension médicale parfois moins visible, mais une importance encore plus grande accordée à la relation humaine, à l’écoute et à l’empathie. Ce n’est certainement pas le domaine le plus simple, mais ce sera une expérience très enrichissante pour sa formation. Dans trois mois, il retournera au collège avant d’effectuer ensuite un nouveau stage, cette fois en chirurgie.

 

Et de mon côté… Ma semaine a commencé de manière beaucoup moins spectaculaire : rendez-vous chez l’hygiéniste dentaire. Tout allait plutôt bien jusqu’au moment où elle a découvert un ancien plombage qui devra être remplacé la semaine prochaine. Après avoir passé autant de temps ces dernières années dans les cabinets médicaux et les hôpitaux, j’aurais volontiers laissé mes dents tranquilles. Elles semblent malheureusement avoir décidé de participer elles aussi au programme de rénovation.

 

Mardi, je suis allé voir ma mère pour lui apporter les souvenirs ramenés par Deniz : différents thés ainsi que des baklavas.

 

Puis ce fut au tour de ma moto de recevoir des soins. Après plus de trois années durant lesquelles elle est restée pratiquement immobilisée, une révision approfondie est devenue indispensable. Il faut notamment remplacer les différents fluides, en particulier le liquide de frein. Avec le temps, celui-ci absorbe de l’humidité, ce qui peut réduire l’efficacité du freinage. Honda doit également remplacer une pièce dans le cadre d’une intervention prévue par le constructeur.

 

Après mon pied, mes dents et maintenant ma moto, septembre semble donc être placé sous le signe de la maintenance générale. Pour finir, un rendez-vous chez l’ophtalmologiste dans deux semaines.

 

Mercredi était cependant le véritable grand jour de la semaine : mon rendez-vous de contrôle avec le Professeur Krause. Comme d’habitude, la consultation a commencé par les radiographies. Après toutes les interventions, les complications et les mois d’immobilisation, ces images ont pris une importance particulière. Elles ne montrent pas seulement des os, des plaques ou des vis. Pour moi, elles racontent désormais une histoire de plus de trois années.

 

Puis est venu l’entretien de contrôle avec le professeur. Et cette fois, après tout ce chemin parcouru, j’étais particulièrement impatient de savoir ce que les images allaient révéler… La consultation a commencé par les questions désormais devenues presque routinières : « Avez-vous des douleurs ? » Pour une fois, j’ai pu répondre simplement : non. Après tout ce qui s’est passé ces dernières années, pouvoir donner une réponse aussi courte est déjà une petite victoire en soi.

 

J’ai toutefois signalé un problème qui persiste au niveau de la cicatrice. Depuis l’opération de la fin de l’année dernière, cette zone n’a jamais vraiment cessé de me poser des difficultés. Elle reste particulièrement sensible et douloureuse au toucher. Pour le moment, je la protège avec un pansement afin d’éviter les irritations provoquées par le frottement de la chaussette. Le Prof. Krause m’a conseillé de continuer ainsi. Il m’a également prescrit des séances de drainage lymphatique. L’objectif est de réduire le gonflement de la cheville, qui devient encore assez important en fin de journée.

 

La radiographie a également révélé un autre élément à surveiller. La partie inférieure de la jambe présente une inclinaison d’environ 10 degrés vers l’extérieur. Ce n’est pas un problème nécessitant une intervention immédiate, mais un point qui devra être contrôlé sur le long terme. Le prochain rendez-vous est prévu dans trois mois. Dans l’ensemble, le chirurgien semble satisfait de l’évolution. Et après le parcours médical de ces dernières années, entendre qu’il n’y a rien d’urgent à corriger est une excellente nouvelle.

 

Mais le moment le plus agréable est arrivé en quittant le cabinet. Dans le couloir, je suis tombé sur la Dre Zimmermann, médecin cheffe, Mme Pietropaulo, qui m’a confectionné un nombre presque incalculable de plâtres au fil des années, ainsi que sur le Dr Flückiger.

 

Tous avaient le sourire en me voyant marcher librement, sans béquilles, sans orthèse et sans autre moyen auxiliaire. Leur réaction était spontanée et sincère. Après m’avoir vu pendant si longtemps immobilisé, appareillé ou dépendant d’une aide pour me déplacer, ils pouvaient enfin me voir simplement… marcher. Ce bref moment dans le couloir m’a particulièrement touché. Au-delà de leurs compétences médicales, j’ai une nouvelle fois apprécié leur empathie et leur implication humaine tout au long de ce parcours.

 

Après toutes ces années, toutes ces opérations et tous ces dispositifs qui ont accompagné ma jambe, sortir d’un cabinet médical sur mes deux pieds est finalement une sensation assez extraordinaire !

 



 
 
 

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